HÉRON LE FOU

LA THÉMATIQUE : LE BAL FOLK

Depuis l’aube des temps, la danse a été, en plus d’un moyen d’expression, un outil propice à la rencontre. Chaque région, chaque vallée avait son propre répertoire traditionnel de musiques et de chorégraphies pour créer ces moments de partage. L’ère industrielle, puis plus tard la globalisation, ont orienté notre société vers l’individualisme au détriment des particularismes régionaux. Ce n’est que dans les années 70 que ressurgit l’évidence de la valeur et des vertus de ce patrimoine populaire en voie de disparition. 

Des chercheurs tentent alors de le sauver de l’oubli en recherchant et en enregistrant les personnes âgées encore en possession de ce savoir. Ces collecteurs éditent des catalogues où les musiques et les différentes danses sont répertoriées et codifiées. D’un autre côté, des groupes de musique se constituent et rafraîchissent la tradition en réinventant ou en rénovant ces airs de danses. Ils mettent en place des stages d’initiation avant leur concert, afin que chaque néophyte  puisse apprendre à danser. Le Bal Folk ou le Bal Trad est né.

Le Bal Folk est donc un événement convivial et chaleureux reliant musiciens et danseurs. Les mélodies sont d’inspiration traditionnelle ; elles peuvent aussi être arrangées ou revitalisées selon des influences diverses. On y danse ensemble sur des chorégraphies précises, le plus souvent sans costume folklorique.

Principalement issues des régions de France, les danses peuvent aussi provenir d’autres pays d’Europe. Certaines datent du Moyen Age (le branle), d’autres proviennent de vieux rituels coutumiers (le plinn breton, pour piler la terre), d’autres sont plus récentes (la chapelloise), ou ont été modifiées pour s’adapter aux besoins de notre temps (la mazurka langoureuse).

Chaque danse suit des règles rythmiques et structurelles précises. On trouve : les danses en couple, les danses en cercle, les danses en chaîne, les danses en cortège, les danses en quadrette ou les danses en lignes.

Les musiciens du Bal Folk privilégient les instruments traditionnels, comme la vielle à roue, la cornemuse, , l’accordéon diatonique, le violon ou la flûte. Mais le métissage est à la mode, et l’on trouve de plus en plus souvent des instruments « modernes » ou provenant d’autres ethnies.

LE DUO DRAAK

Or le duo Draak se sent attiré et touché par le phénomène du Bal Folk. En effet, Anne-Sylvie Casagrande et Yveline Schwab ont toujours eu à cœur les héritages du passé. Les deux musiciennes n’ont de cesse dans leur musique de tisser des ponts entre passé et présent, entre tradition et innovation. De plus, le duo Draak aime offrir à son public une expérience vivante, originale et fortement incarnée par une présence scénique étudiée. Ses morceaux sont des narrations émotionnelles. Que le public à son tour les reçoive en s’exprimant par la danse convient particulièrement bien à son credo d’une  musique prolongée par le corps.

Pour la musique de HÉRON LE FOU, le duo Draak combinera les ingrédients :

 1) DES CHANTS DANS UNE LANGUE INVENTÉE :

Le duo Draak privilégiera le chant. Dans une tessiture d’altos profondes, les voix presque jumelles des deux musiciennes s’épouseront et se provoqueront dans leur intensité. Pour les paroles des chants, Anne-Sylvie Casagrande créera une langue inventée. Cette dernière peut se décrire comme un verbiage rythmé et rimé de mots qui n’existent pas, mais qui, par le jeu des étymologies, sont travaillés de manière à sembler étrangement familiers à l’auditeur, comme s’il s’agissait de réminiscences d’un monde intérieur commun. En lui offrant le sens de ses mots en cadeau, le duo Draak invite le public dans ce lieu intime où les clefs de connivence sont l’intuition, le rêve et la mémoire de nos racines.

 2) DES INSTRUMENTS PARTICULIERS :

Les instruments joués par le duo Draak appartiennent à la famille des cordes. Ainsi les 4 cordes d’un violon s’ajoutent aux 13 cordes d’une vielle à roue, aux 20 cordes d’une auto-harpe et aux 4 cordes vocales des deux voix. Frottant, grattant, pinçant, frappant, les musiciennes s’amuseront avec les différents timbres et dynamiques de leurs instruments.

 3) DE L’ÉLECTRONIQUE AJOUTÉE :

Le jeu naturel des instruments sera prolongé par les surimpressions sonores d’une bande son créée. Des pré-enregistrements de lignes ou de bruitages issus de la voix, du violon et de la vielle à roue seront déformés par différents filtres et effets ; le duo Draak jouera avec la machine et ses possibilités pour créer différents plans et jeux d’écoute.

LE STYLE

Stylistiquement, le duo Draak prendra une fois de plus plaisir à brouiller les pistes et à emmener le spectateur dans des contrées de métissage où les côtoiements les plus improbables sont possibles : par exemple, une cadence médiévale se mêlera sans sourciller à une mélodie évoquant les pays du Nord. En effet, le mélange voulu d’instruments anciens et de nouvelles technologies, le détournement de mélodies à consonances ethniques en arrangements audacieux et d’évidence contemporains, ainsi que les sonorités antiques de sa langue pourtant inventée poseront des questions sur nos racines profondes, sans toutefois renier la part actuelle en nous.

UN PARTENAIRE MUSICAL : YVES DONNIER

Pour HÉRON LE FOU, le duo Draak a choisi d’inviter le musicien Yves Donnier. Considéré comme un des meilleurs joueur de vielle à roue de Suisse Romande, les talents de ce musicien ont également été reconnus dans le Berry français, au festival international des Maîtres-Sonneurs de St-Chartier, où il reçoit le 1er prix (catégorie solo et duo) en 1990 et officiera en tant que membre du jury jusqu’en 1996. Des études de musicologie et de piano classique à Genève, ainsi que de musique ancienne à Londres (classes de Steven Preston et de Doreen Muskett) lui ont conféré une virtuosité technique sans pareille. Des recherches en lutherie ont également contribué chez lui, par des améliorations apportées à l’instrument, à permettre une grande finesse de jeu, un sens du toucher, du phrasé et de l’ornementation très personnel.

Passionné par l’échange vivant et en constante évolution qui relie sur un parquet musiciens et danseurs, Yves Donnier n’a de cesse de puiser son inspiration dans ce dialogue : une façon de danser va stimuler une façon de jouer, qui va à son tour influencer une façon de danser. Attentif comme un équilibriste subtil obéissant aux lois de l’action et de la réaction, le musicien folk n’a de cesse de s’adapter et de provoquer.  L’improvisation et l’art de la variation créent dès lors le langage musical spécifique du Bal Folk.

Pilier de nombreux groupes de musique traditionnelle, il incarne pour le duo Draak le navigateur expérimenté nécessaire pour s’aventurer dans le style et dans le groove particulier des musiques conçues pour le Bal. Quant à Yves Donnier, être l’invité du Duo Draak représente également le défi audacieux d’oser s’ouvrir aux mouvances de la créativité.

HÉRON LE FOU

Par le choix de ce titre saugrenu, le duo Draak souligne son souhait d’apporter par son projet une nouveauté imprévisible sur la scène du Bal Folk. Si le héron est bien un oiseau de chez nous, sa silhouette particulière en fait un motif d’étonnement et de décalage. Quant à ses longues pattes, elles créent dans l’image un rapport plein d’humour avec les pas de danse : à la fois élégant et aérien, la relation d’équilibre du héron avec le sol reste un exercice de maîtrise périlleux ! S’il danse, son style restera toujours personnel et particulier. Or notre héron est fou. Ses comportements surprennent et ne se laissent jamais prédire. Dans son approche du Bal Folk, le duo revendique ainsi sa liberté.

LE BEC DU HÉRON

Comment s’articulera le langage de ce curieux animal ? Les instruments que le Duo Draak prévoit d’utiliser pour HÉRON LE FOU seront donc du chant, de la vielle à roue, du violon, de l’accordéon, de la flûte harmonique, des cloches et des percussions. Une bande son permettra d’ajouter les basses ou des rythmiques nécessaires, ainsi que des bruitages particuliers dont le but est de sculpter des ambiances ou paysages sonores.

Le duo Draak prévoit de composer des morceaux contrastés : oniriques et légers, ou bien émouvants, tendres et langoureux, ou encore vifs et malicieux, ou pourquoi pas saugrenus, excentriques et surprenants. Mais il explorera aussi le thème de la griserie de la transe et de la folie. La transe vue comme un état second ayant à la fois une dimension psychologique et une dimension sociale. La Danse macabre de St-Guy ayant eu lieu à Strasbourg en 1518, où 400 personnes seraient mortes en ne pouvant plus s’arrêter de danser, inspirera volontiers HÉRON LE FOU, qui se posera la question en quoi les danses rotatives ou les figures circulaires amènent à la possibilité d’un état de conscience modifiée ? En quoi la respiration accélérée ou les rythmes percussifs obsessionnels peuvent en être les vecteurs ?

Comme sorti d’un sac de billes, chaque morceau sera donc une surprise colorée qui suivra sa trajectoire personnelle imprévisible, tout en obéissant aux codes des différentes danses. Ainsi, les mélodies et les rythmiques devront sans marge d’erreur laisser le danseur reconnaître une polka, une scottish, une valse, une mazurka, un andro, un hanter dro, une chapelloise, un cercle circassien, une gavotte, une bourrée ou encore un rondeau, tout en l’étonnant par l’écoute et le ressenti de chatoiements harmoniques innovants, de contrepoints aux reflets subtils et inédits, de balancements polyrythmiques ressentis comme autant de petits chocs inhabituels, comme quand les agates se heurtent.